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jeudi, 11 janvier 2018 06:00

Les Algériens fêteront demain « officiellement » Yennayer : Un combat, un aboutissement et des défis à venir

Écrit par Houria Moula
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Demain, vendredi, les Algériens célèbreront Yennayer, premier jour de l’an amazigh. Mais, contrairement aux années précédentes, cette fois-ci, c’est une fête nationale célébrée officiellement après la consécration de la journée du 12 janvier de chaque année chômée et payée, par le dernier Conseil des ministres présidé par Abdelaziz Bouteflika.

C’est donc le président de la République qui a décidé qu’il était enfin temps de franchir ce pas et d’aller vers une reconnaissance qui ferait avancer la cause pour laquelle des gens se sont sacrifiés et un long combat a été mené à travers plusieurs générations. Ce serait donc de l’ingratitude que de nier cette réalité et se contenter de rappeler les étapes par lesquelles la revendication amazighe dans toutes ses composantes est passée, car, quoi que l’on dise, le geste du chef de l’Etat est salutaire à plus d’un titre. Partis politiques, acteurs militants et organisations de la société civile avaient tous d’ailleurs pris acte de cette décision qui, faut-il le dire, restera dans l’histoire, quand bien même d’autres ayant précédé vont dans le même sens.
L’on se rappellera bien ce 27 décembre 2017 quand le président Bouteflika « a annoncé sa décision de consacrer Yennayer journée chômée et payée dès le 12 janvier prochain, le gouvernement étant chargé de prendre les dispositions appropriées à cet effet », pour reprendre les termes du communiqué du Conseil des ministres, tenu le même jour. Cette décision « confortera l’unité et la stabilité nationales, alors que des défis multiples internes et régionaux nous interpellent », avait souligné le chef de l’Etat, alors que la rue bouillonnait déjà dans toute la Kabylie et bien d’autres wilayas du pays, après le refus des députés de la majorité à l’Assemblée populaire nationale (APN), quelques jours avant, de voter un amendement dans le projet de loi de finances pour 2018, portant sur le soutien à la promotion de la langue amazighe. Des lycéens et des étudiants manifestaient dans la rue pour réclamer du gouvernement de tenir ses promesses et de consacrer cette langue nationale et officielle (depuis l’amendement de la Constitution en février 2016) sur le terrain et lui donner les moyens institutionnels de se développer.

 

Le combat et le geste de Bouteflika
Ces manifestations ne sont en réalité qu’une continuité d’un long combat qui remonte aux années 1980 avec les événements ayant suivi l’interdiction d’une conférence sur la poésie kabyle que devait donner l’écrivain Mouloud Mammeri à l’université de Tizi-Ouzou, passant par la création du Mouvement culturel berbère (MCB) et le boycott scolaire de 1994 et la création, une année après, du Haut-commissariat à l’Amazighité (HCA), aux tragiques événements de Kabylie de 2001 ayant fait plus de 126 victimes. Ce combat pour la reconnaissance identitaire a désormais atteint son objectif, depuis que tamazight a accédé au rang de langue nationale en 2002, puis officielle en 2016. Mais, est-ce pour autant que la lutte s’arrête ?
Non ! Bien au contraire, c’est maintenant que le vrai travail devra commencer et qui incombe aux chercheurs, enseignants, spécialistes, militants, mais aussi responsables à différents niveaux de l’Etat. La promotion de cette langue ancestrale pour qu’elle puisse intégrer la vie courante des Algériens est un autre combat qui commence maintenant.
Du côté officiel, la volonté y est. Le président Bouteflika avait enjoint au gouvernement de « ne ménager aucun effort pour la généralisation de l’enseignement et de l’usage de tamazight, conformément à la lettre et à l’esprit de la Constitution » et l’avait, lors du dernier Conseil des ministres, chargé « d’accélérer la préparation du projet de Loi organique portant création d’une Académie algérienne de la langue amazighe ». Deux instructions qui devront avoir un effet immédiat. Lors d’un conseil interministériel présidé lundi par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, il a été décidé l’allocation de postes budgétaires supplémentaires pour renforcer l’enseignement de tamazight dans le secteur de l’Education nationale et pour élargir la formation et la recherche en tamazight au niveau des universités. Dans le même esprit de promotion de la langue amazighe, il a été convenu de la mise en place d’un groupe de travail interministériel auprès des services du Premier ministre pour « s’atteler à la préparation d’un avant-projet de loi portant création de l’Académie de langue amazighe», indique un communiqué de la réunion. « Ce texte suivra le parcours habituel au niveau du gouvernement, puis du Conseil des ministres, avant d’aboutir au Parlement au cours de ce premier semestre 2018 », précise le document.

 

Tamazight : Place au travail académique
Aussi, la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit a annoncé que ledit Conseil a autorisé une opération de recrutement de 300 enseignants de Tamazight pour la rentrée scolaire 2018/2019 entre juin et juillet, précisant que son département table sur l’« élargissement de l’enseignement de tamazight à travers le territoire national à l’occasion de la prochaine rentrée scolaire », sachant que cette langue est enseignée actuellement dans 38 wilayas du pays. Malgré tout, il reste que des recherches et études doivent être menées afin de trancher le caractère de transcription de tamazight, d’arrêter les méthodes à même d’aboutir à de meilleurs résultats sur le plan de l’apprentissage à l’école et surtout de trouver les moyens par lesquels tamazight pourra accéder à la vie quotidienne de l’Algérien dans tous les domaines. Un processus long et complexe, certes, mais qui ne demande que le dialogue et la coordination entre toutes les forces et parties concernées. A la seule condition que chacune laisse de côté ses idées qui tranchent radicalement avec l’autre et travailler dans l’esprit de débat et de compréhension. Le rôle de la future Académie dans ce travail devra sûrement être déterminant.
C’est dire qu’après le combat pour la reconnaissance, l’identité amazighe reconnue avec la consécration de Yennayer journée chômée et payée, entame le combat des institutions, des textes et des lois. En attendant l’aboutissement de ce processus, ce sont tous les Algériens qui sont appelés à fêter demain Yennayer qui signifie « le premier jour du mois», premier jour de l’an du calendrier agraire amazigh qui correspond au 12 janvier du calendrier grégorien. Une date fêtée dans toute l’Afrique du Nord, et jusqu’aux Iles Canaries où subsistent des survivances de la tradition berbère, ainsi que dans certaines régions du Sahel. Hier, le gouvernement a endossé un amendement à la loi fixant la liste des fêtes légales qui inclura ainsi le jour de l’An Amazigh correspondant au 12 janvier. Cet amendement poursuivra son parcours à travers le Conseil des ministres pour aboutir bientôt au Parlement. De ce fait, l’Algérie devient le premier pays d’Afrique du Nord à réhabiliter Yennayer. Alors Aseggas Ameggaz…

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